Mon corps deviendra froid
Le texte de Anne-Marie Olivier est mis en scène admirablement par Stéphane Allard
En temps de guerre, les soldats qui vont au champ de bataille en reviennent, pour la plupart du temps, changés. Certains ont parfois de la misère à retrouver un certain équilibre au retour à la vie normale. Dans Mon corps deviendra froid, le père de famille a eu des difficultés à se remettre de son périple et est demeuré marqué par son expérience. Ces tourments se sont répercutés sur toute sa famille.
La pièce se déroule dans un rassemblement familial visant à commémorer le décès du patriarche, qui s’est suicidé dix ans plus tôt. Tout cela commence avec Brigitte Lafleur qui tient le rôle de Sylvie, la seule personne extérieure à la famille Desbiens. Revue à la main, elle présente l’histoire ainsi que les comédiens qui incarneront chacun des personnages. Une belle introduction! D’abord Fernand, son mari « brisé », interprété par Claude Despins, Rose, sa mère jouée par Suzanne Champagne, Louis, le père, personnifié par Roger La Rue et finalement Benoite, la sœur de Fernand, qui a changé de nom pour Catherine est incarnée par Myriam Leblanc.
L’histoire de cette famille est triste, mais l’auteure, Anne-Marie Olivier, nous fait rire presque toute la pièce. On rit jaune, mais on rit tellement ils sont pathétiques et leurs répliques parfois loufoques mais si réalistes, sont toujours bien envoyées. Avec cette pièce, l’auteure considère qu’elle « crache les histoires de haine de sa lignée pour pouvoir la prolonger avec le moins de souffrance possible ». Aussi triste soit-il, il n’est pas difficile de croire que ce récit a un fond de vérité. Il est certain, si on se rappelle les personnages de la série de François Avard, Les Bougons, que bien des familles ont un mode de vie pas toujours rose.
Même l’action de la pièce se déroule principalement pendant la fête, on revient dans le temps, à des moments importants de leur vie. Ses transitions dans le passé sont d’ailleurs très bien réussies, jamais le spectateur ne se questionne pour savoir à quel moment nous sommes dans l’histoire de cette famille. Un beau travail de la part du metteur en scène, Stéphane Allard. J’ai adoré l’effet que le père soit le seul personnage du passé présent sur scène et que les autres parlent comme s’il y était aussi. On se croyait dans un scénario de film avec les effets flash-back.
À l’entrée du public dans la salle, trois comédiens sont déjà sur la scène. Un bel exploit à ceux-ci qui ont gardé leur sérieux et sont resté bien ancré dans leur personnage. Une manière originale de passer le trac d’un comédien.
Le décor est original avec ce mur rempli de portes et tiroirs de fourneau où de vraies portes et un comptoir sont dissimules. Le côté jardin est réservé uniquement aux moments du passé. Ce qui aide parfois à faire la distinction de temps, mais le jeu des acteurs et la mise en scène y sont pour beaucoup plus.
Même s’il faisait tempête le soir de la première, il en a valu la peine de la braver pour voir cette courte pièce présentée au Quat’Sous jusqu’au 27 février



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