Des femmes, un Québec
« On s’en est servi pour toutes sortes de choses : publicité, scandale, argent, mépris. »
Il ne s’agit pas d’un produit, mais du corps de la femme décrit dans un film d’Anne Claire Poirier, Les filles du Roy, projeté au Musée de la femme à Longueuil. Photos et objets accompagnent le visiteur à découvrir ou à se remémorer le rôle joué par les femmes dans l'histoire québécoise. Pour souligner la journée internationale de la femme du 8 mars dernier, le musée s’est enrichi d’une exposition intitulée : Intempor’elles. 64 portraits de Québécoises qui ont contribué à façonner le Québec sont présentés sous forme d’un tableau.
« Elles sont des pionnières et les premières », explique Lydie Olga Ntap, créatrice du musée ouvert l’année dernière. On peut y retrouver Sophie Thibault (première journaliste à présenter les nouvelles télévisées en Amérique du Nord), ou Manon Rhéaume (première femme dans la ligue de Hockey junior majeur du Québec).
Pour Lydie Olga Ntap, trois femmes ont vraiment compté pour elle : « Tout d’abord Louise Harel, personnalité politique reconnue, mais aussi parce qu’elle était présente à l’inauguration du musée. Gabrielle Roy m’a aussi marquée lorsque j’ai lu Bonheur d’occasion. » La dernière femme d’exception est encore plus importante à ses yeux : « Il s’agit de Bienheureuse Marie Rose Durocher, fondatrice de la congrégation des Sœurs des saints noms de Jésus et de Marie. Je cherchais un local et je suis allé chez des sœurs qui m’ont donné son portrait et j’ai prié avec elles pour que mon vœu s’exauce. En revenant chez moi, je suis tombé sur un local qui était à louer et j’ai signé tout de suite! » Lydie Olga Ntap a reçu l’aide technique de plusieurs associations militant pour le droit des femmes, mais n’a obtenu pour l’instant aucune aide financière du gouvernement québécois.
Du Sénégal au Québec
Si Lydie Olga Ntap, d’origine sénégalaise, n’a pas connu le combat des femmes au Québec, la création du premier Musée de la femme, au Canada, est aussi une histoire personnelle : « C’est ma tante qui a créé le Musée de la femme au Sénégal. » L’expérience de son immigration est aussi pour elle le moyen de donner une explication aux problèmes d’intégrations au Québec : « En arrivant ici, je me suis séparé de mon mari et ai été rejetée par ma propre communauté. Divorcer, c’est parfois très dur. Porter plainte contre son époux est inconcevable dans certains pays. Un cousin est venu me voir dernièrement et il me disait que j’avais en quelque sorte fait le musée pour moi. »
De petites pancartes décrivent des objets de la vie courante sur plusieurs générations. Un espace assez restreint, mais où chaque objet porte à la réflexion. Un cheminement qui permet de comprendre le parcours accompli par les femmes au Québec. Lydie Olga Ntap pense que le combat n’est pas terminé : « C’est vraiment dommage. Il y a un recul aujourd’hui, mais c’est à nous aussi de réfléchir. Si les gens sont capables d’utiliser des sacs recyclables, nous devrions rejeter les publicités hyper sexualisées. Il faut réfléchir à notre démarche en tant que femme. »
Écouter et débattre sont les mots clés du message que veut transmettre le Musée de la femme. « On veut que ce soit quelque chose de rassurant, il n’y a pas de grosses pancartes et on ne crie pas. On raconte, on veut que femmes et hommes, jeunes et plus âgés aient une prise de conscience », explique Lydie Olga Ntap.
Pour prolonger une histoire médiatisée le temps d’une journée, le musée prévoit des échanges entre les différents musées de la femme du Burkina Faso, de l’Allemagne ou de la France.



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